François Olivier Nolorgues est un journaliste musical. il intervient pour de nombreux supports presse radiophonique et télévisuel, notamment sur CNN, France 2, Europe 1, MCM, NT1, Direct Star, Directe 8 ou encore W9. Il est aussi connu comme chanteur, auteur et compositeur du groupe Frantic, ayant sorti l’album « Dresscode ». A l’occasion de la sortie de son film « Michael Jackson, 5 ans après », il répond aux questions du magazine.
5 ans après sa disparition, Pourquoi as tu réalisé un film sur Michael Jackson ?
J’ai eu le privilège de commenter ses obsèques avec Natasha St Pier en direct sur Virgin 17. C’était un moment très émouvant. Il y avait beaucoup d’interrogations car la musique pop disparaissait avec Michael Jackson, une sorte d’insouciance prenait fin. Avec Michael Jackson, la musique voulait dire quelque chose. Le mystère et l’exclusivité étaient présents. Il y avait une certaine joie de vivre.
« C’était le seul artiste à pouvoir mélanger tous les styles (Soul, pop, RNB, variété internationale aussi). Il avait une telle force et une telle générosité que son talent pouvait se permettre de faire cet artiste à pouvoir genre de chose. Alors, la chaine MCM que j’ai longtemps défendu m’a confié les reines de cette expérience à travers ce documentaire qui retrace sa vie, son œuvre mais aussi son parcours les styles »
Ton documentaire commence par l’annonce de sa mort. A l’époque, qu’est ce qui t’as marqué autour de son décès ?
C’était quelqu’un d’extrêmement sensible. Il était complètement connecté au divin, dans une fonction mystique. Ce n’était pas la personne que l’on décrivait. Ce qui m’a marqué, c’est que l’on en a fait tout un business autour de sa mort. C’était pourtant un grand moment de tristesse mais qui s’est transformé en un déchainement médiatique. Ce fût un véritable gâchis.
Il y’a de nombreux journalistes qui contribuent et alimentent ton film, comment les as tu sélectionné ?
Je les ai sélectionnés suivant leurs implications de près ou de loin avec Michael Jackson. Tous, n’ont pas rencontrés Michael Jackson mais ils ont tous travaillé autour de Michael Jackson. Amélie Dalmazzo, sexologue, auteur du livre « MJ n’a jamais existé», Jean-Marc Périn qui connaît les Jackson Five, Syriel Remarc qui a fait un documentaire sur le cirque de Soleil… Ils ont été marqués par Michael Jackson. C’est ainsi que s’est fait mon choix de sélection.

Pour ton film, tu t’es entretenu avec Quincy Jones en personne (Producteur) Que retiens tu de cette rencontre ?
Je retiens que Quincy Jones ne veut pas beaucoup parler de Michael Jackson. Il est très pudique par rapport à ça. Ce n’est pas quelqu’un de généreux. Quand on réalise une interview avec lui, il faut beaucoup donner de soi-même. Lorsque Quincy Jones parle de Michael Jackson, il évoque une bête de travail. Michael Jackson était quelqu’un de visionnaire et qui contrôlait tout en studio. Il n’écrivait pas seulement des chansons mais faisait aussi de la production. Qunicy Jones avait juste un rôle de superviseur. Sur « Thriller » par exemple, tout le travail effectué, c’était Michael Jackson qui le réalisait. Michael Jackson était quelqu’un d’extrêmement concentré sur son travail. Quincy Jones avait plus un rôle de mentor que de producteur artistique. C’est ça que je retiens.
Il a produit et réalisé 18 tubes internationaux de Michael Jackson et a produit de nombreux artistes comme Aretha Franklin mais des artistes issus du milieu du jazz ?
Quincy Jones vient du jazz et c’est un producteur vraiment incroyable. Il a une finesse particulière dans le choix de ces artistes. C’est surtout un pygmalion. C’est ce que l’on appelle un Tal scout (Talent Scout). C’est à dire, un véritable découvreur de talent, un directeur artistique hors pair.
Evidemment, la réalisation de l’album « Thriller » y est évoquée, on y apprend que Michael Jackson est un grand perfectionniste et que le disque a été mainte fois repoussé.
En fait, Michael Jackson n’est pas un perfectionniste à l’extrême mais tant que l’image qu’il avait en tête ne correspondait pas à ses attentes, il n’y avait aucune chance que cela sorte. Michael Jackson était quelqu’un qui incarnait la musique. Comme il lui dit lui même « Let’s the music write herself » (« Laissons la musique écrire d’elle même »). Il avait la vision de la musique, une direction artistique, qui voyait à long terme. Il arrivait à sentir le monde, les autres. C’était quelque chose de fabuleux.
Pourquoi Michael Jackson tenait absolument que se soit le titre « Billie Jean » sorte en premier ?
Il a voulu sortir « Billie Jean » comme premier 45 tours car Quincy Jones ne voulait pas qu’il soit sur l’album. Michael Jackson a trouvé donc judicieux de le sortir en premier justement. C’était quelqu’un de très sur de lui, il a toujours été. Ce sont des opportunités qui lui ont manqué. Dans la vie, ce n’était pas lui le problème, c’était les autres. On lui prenait son énergie, son temps, c’était quelque chose qu’il ne pouvait plus supporter. « Billie Jean » est une chanson emblématique. Sur « Billie Jean » On découvre aussi le talent de danseur qu’était Michael Jackson avec le « Moonwalk ».
Le clip « Thriller » a révolutionné le monde de la musique, selon toi, un peu plus de 30 ans après,
qu’en reste il ?
Pour moi, il reste un clip ! C’était un clip de 10 minutes. Il était révolutionnaire par son format. Michael Jackson était le premier à le faire. C’était un mini film Nous étions plus dans le clip de 3 min 50 formaté pour MTV. C’était le premier à vendre son disque avec le walkman. Il faut toujours se rappeler que Michael Jackson était toujours en lien avec le média qui sortait…. la K7, le walkman. On achetait « Thriller » pour l’écouter sur un walkman. C’était vraiment révolutionnaire pour l’époque, 30 ans , auparavant.

De nombreuses rumeurs fondées ou infondées ont ternies son image. Il vivait vraiment dans un autre monde, il avait la folie des grandeurs….
Comme toutes véritables stars, il attirait à la fois les convoitises, les nuisances et les rumeurs. On a dit tout et n’importe quoi sur Michael Jackson. Je pense que 80% des rumeurs sont fausses et que c’était quelqu’un qui avait peur de vieillir. Il voulait rester un enfant. Sa transformation était liée avec le fait qu’il était mal avec lui-même. Il avait un problème identitaire fort. Il était ni noir, ni blanc, ni enfant, ni adulte. Il était le monde. En fait, il n’a jamais été lui même.
On a l’impression que c’était toujours un enfant…
Oui, c’était un enfant. C’est pour ces raisons qu’il arrivait à faire des choses magnifiques car il avait gardé son regard d’enfant. Il a refusé d’être un adulte, il a eu raison. C’est pour ça qu’il avait fait des belles chansons, touchantes. Il avait cette spontanéité, naïveté, justesse, simplicité que cela a marché.
Grâce à son charisme et sa popularité à travers le monde entier, Michael Jackson l’utilisait pour faire passer des messages dans ses œuvres caritatives, on se souvient notamment de la chanson « We are the world » où il avait réuni de nombreux artistes prestigieux..
Tout à fait, c’était quelqu’un qui était concerné par la planète et qui était en avance sur les œuvres caritatives. C’était une chanson qu’il avait écrite avec avec Lionel Richie en 1985. C’était la seule occasion de réunir tout le show business autour d’une cause. Il a sensibilisé tout le monde. Seul, Michael Jackson pouvait réunir dans un même endroit toutes les stars de la planète pour chanter « We are the world » qui est restée plus de 10 semaines numéro un. C’est aussi le début de la charité business. C’est le début d’une grande cause. C’était vraiment quelque chose d’innovent à l’époque.
Il a chanté avec les plus grands comme Paul Mc Cartney, Diana Ross etc…
Michael Jackson avait un grand talent. Tout le monde voulait de près ou de loin un jour collaborer avec lui, que ce soit avec Freddie Mercury, Elisabeth Taylor, ou sa soeur Janet Jackson…
Grâce à lui que la musique pop a évolué en 30 ans…
Absolument, « Thriller » est l’exemple marquant de l’album parfait, qui incarne vraiment tous les styles, une génération; Une génération d’artiste s’est acquittée de cette vision de la popmusic qui touchait les gens de 7 à 77 ans. Nous sommes vraiment dans la mondialisation avant l’heure mais de la bonne mondialisation. C’est à dire que tout le monde était heureux d’être ensemble, un monde sans téléphone portable ni internet. Un monde où justement, l’information n’était pas encore trop dans la rumeur, ni dans la haine, c’était nouveau
Quel rapport Michael Jackson entretenait avec son public français, on le voit assez proche de ses fans au musée Grévin lors de l’inauguration de sa statue.
Michael Jackson et la France, c’est une histoire d’amour. Il a longtemps été à Disneyland Paris. C’était quelqu’un qui aimait beaucoup la France. Il le disait lui même. Pour lui, Paris était moins violent que Los Angeles. La vieille Europe était assez quelque chose attrayante pour lui, ça lui permettait de se reposer. Il se sentait chez lui à Disneyland. Ce moment au musée Grévin était un des moments phares, il a été extrêmement généreux. Il est venu vers les gens, il a été présent avec le mime Marceau, ils se sont bien entendus. Ils ont même fait un petit pas de danse.
Que penses tu de l’album posthume « Xcape » qui vient de sortir ?
Je pense qu’il ya une bonne chanson dedans seulement, c’est « Love Never Felt So Good » c’est exactement la vérité. On retrouve sa légèreté, sa tristesse infinie. Le titre « Love Never Felt So Good » l’amour n’a jamais été aussi malade avec ce qu’il se passe dans le monde.

Quels sont les artistes qui peuvent lui succéder aujourd’hui ?
Aucun artiste ne peut lui succéder à Michael Jackson. Il n’y a aucun successeur. Ne me parle pas de Justin Timberlake, Pharell Williams et autre Bruno Mars. Ce ne sont que des pales copies mercantiles qui tentent vainement d’essayer de suivre le maître mais nous ne sommes pas dans l’art mais dans le marketing, dans l’intelligence de la communication. Michael Jackson était un artiste connecté à Dieu et Dieu lui a bien rendu. De nos jours, aucun artiste n’est à la hauteur de Michael Jackson. Certaines chansons sont bonnes comme pour Pharell Williams qui trouve son public. Dans la soul, des stars ont essayé faire certaines choses mais nous ne sommes pas dans grâce absolue.
Tu as plein d’autres projets notamment avec ton groupe Frantic qui fait son grand retour…
Frantic n’avait pas donné de nouvelles depuis presque 8 ans. Le nouvel album s’appelle « It ». Cet l’album
devrait sortir en janvier 2015 avec des concerts, des collaborations notamment avec Mirwais Stass, (l’ancien de Taxi Girl ) qui est producteur de Madonna. On va sortir un nouvel album très électronique, proche des années 80, des années de l’amour, un album extrêmement pop, très mélodique, très simple, très évident, funky, cool.

Tu viens de créer aussi un autre groupe avec Maxence Cyrin « The Breakfast Club », ou tu re-
prends des titres des années 80 de Billy Idol ou bien encore de David Bowie ?
Un projet avec Maxence Cyrin, le pianiste où nous allons revisiter les numéros 1 oubliés. Un duo piano voix très classe qui s’appelle « The Breakfast Club ». L’’album s’appelle « Songs for girls in love », c’est un disque de reprises dans le style Crooner. On y retrouvera des reprises de Billy Idole, David Bowie mais aussi des chansons du groupe The Cure, The Pet Shop Boys, de Sting, des titres très
romanesques, des chansons pour tout le monde, des chansons touchantes d’amour.
Interview réalisée par Benoît Costaglioli en mai 2014.





